Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : L'Aigle et la Pie
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
L'Aigle et la Pie,  Livre XII, fable 11 
 
L'AIGLE ET LA PIE
 
L'aigle, Reine des airs, avec Margot la Pie,
Différentes d'humeur, de langage et d'esprit,
                    Et d'habit,
        Traversaient un bout de prairie.
Le hasard les assemble en un coin détourné.
L'Agasse eut peur ; mais l'Aigle, ayant fort bien dîné,
La rassure, et lui dit : Allons de compagnie.
Si le Maître des Dieux assez souvent s'ennuie,
        Lui qui gouverne l'univers,
J'en puis bien faire autant, moi qu'on sait qui le sers (2).
Entretenez-moi donc, et sans cérémonie.
Caquet bon-bec alors de jaser au plus dru,
Sur ceci, sur cela, sur tout. L'homme d'Horace (3),
Disant le bien, le mal à travers champs (4), n'eût su
Ce qu'en fait de babil y savait notre Agasse.
Elle offre d'avertir de tout ce qui se passe,
        Sautant, allant de place en place,
Bon espion, Dieu sait. Son offre ayant déplu,
        L'Aigle lui dit tout en colère :
        Ne quittez point votre séjour,
Caquet bon-bec, mamie : adieu ; je n'ai que faire
        D'une babillarde à ma cour ;
        C'est un fort méchant caractère.
        Margot ne demandait pas mieux.
Ce n'est pas ce qu'on croit, que d'entrer chez les Dieux ;
Cet honneur a souvent de mortelles angoisses.
Rediseurs (5), Espions, gens à l'air gracieux,
Au coeur tout différent, s'y rendent odieux,
Quoique ainsi que la Pie il faille dans ces lieux
        Porter habit de deux paroisses (6).


 

Le thème de la fable l'Aigle et la Pie
est emprunté à Abstémius.
La Fontaine avait à sa disposition l'anthologie publiée
en 1610 par Isaac-Nicolas Névelet, travail érudit
de compilation des textes antiques des fables; ici :
"De aquila et pica" p.545.
" Louis XIV s'entourait d'un réseau de délateurs : le précepteur
de son petit-fils (Fénelon) inculque à son élève de moins
détestables principes. Voici ce qu'il écrivait à
Madame de Maintenon [...] : "Il ne faut point avoir
des rapporteurs qui s'empressent à vous empoisonner
du récit de toutes les petites fautes des particuliers
mais il faut avoir des gens de bien, qui malgré eux soient
chargés en conscience de vous avertir des choses qui le
mériteront, ceux-là ne vous diront que le nécessaire, et
laisseront le superflu aux tracassiers." " (J.P. Collinet,
La Pléiade)

(1) vieux mot pour : pie
(2) moi dont on sait que je le sers
(3) cet homme est Volteius Mena, crieur publicinvité par l'avocat Philippe, qui se divertit deson babillage naïf (Horace,Epitres) ; c'est l'undes modèles de Sire Grégoire dans "Lesavetier et le financier"
(4) à tort et à travers
(5) qui vont rapporter aux autres ce qu'ona dit d'eux
(6) "on dit de deux choses dépariées, qu'onporte ensemble, qu'elles sont de deux paroisses(Furetière)



l'aigle et la pie, Grandville
Illustration : J.J. Grandville

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