Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : L'âne chargé d'éponges et l'âne chargé de sel
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, JEAN DE LA FONTAINE, 
"L'Âne chargé d'éponges et l'âne chargé de sel"  Livre II, fable 10   


L'Ane chargE d'Eponges et l'Ane chargE de sel (*)


          Un Ânier, son sceptre (1) à la main,
          Menait, en empereur romain,
          Deux Coursiers à longues oreilles.
L'un, d'éponges chargé, marchait comme un courrier (2) ;
          Et l'autre, se faisant prier,
          Portait, comme on dit, les bouteilles (3) :
Sa charge était de sel. Nos gaillards Pèlerins
         Par monts, par vaux et par chemins,
Au gué d'une rivière à la fin arrivèrent,
          Et fort empêchés se trouvèrent.
L'ânier, qui tous les jours traversait ce gué là,
          Sur l'Âne à l'éponge monta,
Chassant devant lui l'autre bête,
          Qui, voulant en faire à sa tête,
          Dans un trou se précipita,
          Revint sur l'eau, puis échappa (4) ;
          Car au bout de quelques nagées (5),
          Tout son sel se fondit si bien
          Que le Baudet ne sentit rien
          Sur ses épaules soulagées.
Camarade Epongier (5) prit exemple sur lui,
Comme un mouton (6) qui va dessus la foi d'autrui.
Voilà mon Âne à l'eau ; jusqu'au col il se plonge,
          Lui, le Conducteur, et l'Eponge.
Tous trois burent d'autant (7): l'Ânier et le Grison (8)
          Firent à l'éponge raison.
          Celle-ci devint si pesante,
          Et de tant d'eau s'emplit d'abord,
Que l'âne succombant ne put gagner le bord.
          L'ânier l'embrassait, dans l'attente
          D'une prompte et certaine mort.
Quelqu'un vint au secours : qui ce fut, il n'importe ;
C'est assez qu'on ait vu par là qu'il ne faut point
          Agir chacun de même sorte.
          J'en voulais venir à ce point. (9)


               



(*) Source : Esope "L'âne qui porte du sel", où
un même âne est chargé d'abord de sel, puis d'éponges.
L'idée de mettre en scène 2 animaux vient de Faerne.
Verdizzotti avait repris le sujet. Ces deux derniers
auteurs sont la source de La Fontaine.(d'après G. Couton,
Garnier)

(1) en principe, on parle du bâton de l'anier...L'emploi des termes dans ces 3 premiers vers dépassent de façon burlesque les idées à exprimer.
(2) comme celui qui porte les dépêches à vive allure.
(3) on peut penser qu'il portait des choses fragiles.
(4) s'en alla
(5) mots amusants, inventés par La Fontaine.
(6) allusion aux "moutons de Panurge" (Rabelais, Quart Livre)
(7) burent beaucoup
(8) l'âne
(9) Moralité chez Faerne : "La même méthode ne convient
pas à tout le monde" (d'après la traduction de la fable latine de
M.Fumaroli "Fables" éd. La pochothèque)

 

Carte postale publicitaire, 1911

M. de La Fontaine à la Bénédictine
Les trois vers repris sur la carte sont  écrits en gras dans le texte de la fable