Sur la branche d'un arbre était en sentinelle
Un
vieux Coq adroit et matois (1).
Frère, dit un Renard adoucissant sa voix,
Nous ne sommes
plus en querelle :
Paix générale cette fois.
Je viens te l'annoncer ; descends que je t'embrasse (2) ;
Ne
me retarde point, de grâce :
Je dois faire aujourd'hui vingt postes sans manquer (3).
Les
tiens et toi pouvez vaquer,
Sans nulle crainte à vos affaires :
Nous vous y servirons en frères.
Faites-en les feux dès ce soir.
Et
cependant, viens recevoir
Le
baiser d'amour fraternelle (4).
Ami, reprit le Coq, je ne pouvais jamais
Apprendre une plus douce et meilleure nouvelle
Que
celle
De
cette paix.
Et
ce m'est une double joie
De la tenir de toi. Je vois deux Lévriers,
Qui, je m'assure,
sont courriers
Que
pour ce sujet on envoie.
Ils vont vite, et seront dans un moment à nous.
Je descends : nous pourrons nous entre-baiser tous.
Adieu, dit le Renard, ma traite est longue à faire,
Nous nous réjouirons du succès de l'affaire
Une autre fois. Le
Galand aussitôt
Tire ses grègues (5), gagne au haut (6),
Mal
content de son stratagème ;
Et
notre vieux Coq en soi-même
Se
mit à rire de sa peur
Car c'est double plaisir de tromper le trompeur. |
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(*) Source : "Ésope et ses imitateurs (Faerne, Haudent, etc;) mettent en scène le coq, le renard et un chien caché qui étranglera le renard. La Fontaine a suivi Guéroult "Premier
livre des Emblèmes, Lyon 1550;" (G.Couton, La Fontaine, Fables, éd. Garnier. Une facétie du Pogge peut aussi avoir été utilisée. |
(1) rusé, sans scrupule, filou
(2) que je te prenne dans mes bras
(3) 20 relais de poste, env. 160km, sans faute
(4) baiser de paix de l'église catholique
(5) s'enfuit
(6) s'éloigne |
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Le Coq et le Renard
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