Javascript Menu by Deluxe-Menu.com A Madame la Duchesse de Bouillon
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Oeuvres diverses :  JEAN DE LA FONTAINE : "A Madame la Duchesse de Bouillon" 
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A MADAME LA DUCHESSE DE BOUILLON

Je ne sais, Madame, qu’écrire à V. A. qui soit digne d’elle, et qui puisse la réjouir. Il m’a semblé que la poésie s’acquitterait mieux de ce devoir que la simple prose. Il m’a encore paru qu’il vous fallait donner un nom du Parnasse. Je crois vous avoir déjà donné celui d’Olympe en des occasions de pareille nature. Ne pourrait-on point mettre en chant ces paroles?

Qu’Olympe a de beautés, de grâces et de charmes      
Elle sait enchanter les esprits et les yeux
Mortels, aimez-la tous; mais ce n’est qu’à des dieux
Qu'est réservé l’honneur de lui rendre les armes.

Ce que je vais ajouter n’est pas moins vrai, et m’a été confirmé par des correspondants que j’ai toujours eus à Paphos, à Cythère, et à Amathonte. Je me doutais bien que cela serait, et m’en étais déjà aperçu la dernière fois que j’eus l’honneur de vous voir.

 

La mère des Amours et la reine des Grâces,
C’est Bouillon ; et Vénus lui cède ses emplois.
Tout ce peuple à l’envi s’empresse sur vos traces
Plus nombreux qu’il n’était, et tout fier de vos lois.

Vous fîtes dire l’année passée à M. de la Haye1 qu’il eût soin que je ne m’ennuyasse point à Château-Thierry. Il est fort aisé à M. de la Haye de satisfaire à cet ordre; car, outre qu’il a beaucoup d’esprit,

                  Peut-on s’ennuyer en des lieux 2
Honorés par les pas, éclairés par les yeux
                  D’une aimable et vive princesse,
A pied blanc et mignon, à brune et longue tresse,
Nez troussé, c’est un charme encor selon mon sens;
                  C’en est même un des plus puissants.
Pour moi, le temps d’aimer est passé, je 1’avoue,
                  Et je mérite qu’on me loue
                  De ce libre et sincère aveu,
Dont pourtant le public se souciera très peu
Que j’aime ou n’aime pas, c’est pour lui même chose;
                  Mais, s’il arrive que mon coeur
Retourne à l’avenir dans sa première erreur,
Nez aquilins et longs n’en seront pas la cause.

à Château-Thierry, juin 1671.

Cette lettre parut dans Le Mercure galant en octobre 1694, avec cette introduction :

"Je crois, Madame, que pour vous donner envie de lire la lettre qui suit, il suffira de vous dire qu'elle a été écrite par M. de La Fontaine, de l'Académie française, qui était alors à Château-Thierry."

La date de composition est juin 1671

 

 

 

 

1 Il était le prévôt du duc de Bouillon à Château-Thierry

 

 

2 Cf. Les deux pigeons, fin de la fable... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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