Javascript Menu by Deluxe-Menu.com Aman-Jean au musée Jean de La Fontaine et à la médiathèque de Château-Thierry
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison

19 juin-12 septembre 2004
Songes de Femmes
Peintures
Au musée Jean de La Fontaine
Tous les jours, sauf le mardi
-9h à 12h et 14h à 18h
- 03 23 69 05 60
A la médiathèque :
mardi et vendredi :
- 10h-12h et14h-19h
mercredi : idem, fermeture à 18h
jeudi : 14h-18h (fermé le matin)
samedi : 10h-12h30 et 14h-18h
dimanche : 9h-12h et 14h-18h
-03 23 85 30 85

Portrait de Madame Josette Laurent, 1905

Ces songes de femmes
sont une invitation à découvrir un aspect de l'oeuvre d'Aman-Jean, "peintre au talent subtil", ami de Seurat et de Verlaine.
A travers ces portraits des femmes qui lui ont été chères, des amies, des inconnues, nous suivons l'artiste dans son évolution du symbolisme à l'intimisme.
On admirera la technique de ce grand portraitiste qui manie avec autant de virtuosité la peinture et le pastel, laissant une oeuvre à la palette nuancée, d'une sensibilité inégalée, pleine de charme et de parfums, témoignage d'une époque raffinée.

Catalogue de l'exposition à la
boutique du musée
Entrée gratuite pour l'exposition.

Autoportrait, 1878
Madame Ernest Chausson, 1902
  La princesse Potemkine, vers 1899
Jeune femme à l'écharpe jaune
 
La femme au collier de corail
La joueuse de violon
Cliquer sur les miniatures pour les agrandir
 
couverture du catalogue, 150p. 30€ Catalogue de l'exposition

Extrait du texte de François Aman-Jean, fils de l'artiste, à l'occasion de l'exposition Souvenir d'Aman-Jean au musée des Arts Décoratifs à Paris en 1970

[…] Dans le personnage d'Aman-Jean, il existait plusieurs états d'âme qui coexistaient sans jamais se mélanger ni se convaincre, de sorte que son commerce se saupoudrait d'étrangetés. Il y avait chez lui de l'enfant, s'étonnant de ce qu'il ne comprenait pas ou dédaignait de connaître. La nédecine, la chimie, la physique le mettaient dans une transe respectueuse. L'homme cultivé l'était à fond, tant en peinture, en art, qu'en littérature ; peu en musique. Cette culture,uniquement française, sertissait les oeuvres entre le temps de Louis XIII et celui de Michelet. Hors cette église point de salut et, sitôt franchie la Loire, "au sud règnent les bavards". Hormis les musées, tout ce qui vivait hors de France lui échappait. L'homme bourgeois lui faisait respecter le Capital, les Banques, certains usages : être exact aux repas, ne pas couper la salade avec un couteau, se plaire aux cérémonies, aux blasons. Et avec cela préférer le peuple aux aristocrates, sans bien connaître les deux mondes. Il vivait très simplement, plaçant son gain modeste en valeurs en Bourse; ce qui ne fut guère fameux. Il eut pu, avec son goût, faire fortune en achetant des oeuvres d'art. L'homme religieux fut celui d'un Janséniste plus à cheval sur la Morale que sur les obligations rituelles, telles que se confesser, communier, suivre la messe sans un missel. Mais jamais je ne l'ai vu rater l'église un dimanche. Cependant, il avait des raisons secrètes de mépriser les chaisières, de chérir les Suisses et d'honorer les pauvres de la sortie. Il y avait encore chez lui du seigneur qu'il devait tenir de ses origines espagnoles, un grand air, une politesse à l'oeil-de-boeuf et parfois une insolence sans pareille. Il y a tout cela dans le magnifique buste de mon père, sculpté peu de temps avant sa mort par mon beau-frère Paul Simon, fils du peintre Lucien Simon.

Il ne trichait pas avec ces dittérents états, ce qui émaillait sa conversation, toujours éblouissante, d'imprévus et de sincérités étranges qui pouvaient prêter à rire ou à offense. Jamais il n'eut pu faire un métier libéral courant : avocat, médecin, professeur, savant de laboratoire, de recherche ou homme d'affaires. II ne pouvait être autre chose dans la vie qu'un peintre. Et moins un artisan recherchant les roueries du métier qu'un artiste appliqué à considérer avec son oeil le réel « comme un beau mensonge » (Degas) et à le porter sur la toile avec la touche mystérieuse et sacrée du pinceau. Il eût pu, comme d'autres peintres de son temps, s'émouvoir de certaines trouvailles de visions, adopter les modes, s'inféoder à certaines écoles, les quitter au bon moment, gagner de l'argent. Il demeura toujours un indépendant fidèle à sa technique originelle « de l'enveloppe et du noyau » que Van Gogh leur avait dite à lui et Seurat vers 1880. Aussi éloigné de l'anecdote chère à Chocarne-Moreau, l'enfant patissier ,

le petit téléphoniste jouant aux billes, que du chiqué magique de Van Dongen ou de la névrose d'un Goerg. Il resta enclos toute sa vie dans le Symbolisme Baudelaire-Verlaine, comme un coléoptère dans son cocon es haies. Enfant orphelin, écoutant les heures tomber du beffroi de Sainte-Auxilienne, regardant par la fenêtre de la grande maison du canal, il a joué très tôt avec le réel des choses et des êtres. Toute sa vie, son oeil attentif et distingué nous les aura transmis d'une manière particulière. Tellement qu'on ne peut rencontrer l'une de ses oeuvres sans s'écrier : « Voilà un Aman-Jean ! »

En regardant attentivement chacun des tableaux exposés ici, laissez-vous pénétrer par le secret que chacun dégage. J'accorde qu'il y faut une certaine culture, l'habitude des musées, un complaisance pour une époque, un retour aux sources symboliques de la Belle Époque, une non conformance aux goûts actuels. Mais je comprends que l'art d'Aman-Jean peut ne pas satisfaire ceux qui ont besoin d'un certain « punch » pour être étonnés, bientôt émoussé. Pour ceux qui ont besoin d'une audace irréelle, tels ces infirmes du dessin qui placent dans un visage peint un oeil dans l'oreille, ou ceux qui se complaisent à la poésie onirique et informelle de l'enfance, ou les intoxiqués de l'abstrait, ce rien encadré.

J'espère en ce colloque entre l'oeuvre exposée et les visiteurs. Je souhaite que ceux-ci disent ei sortant: «En vérité, Aman-Jean fut un grand peintre ! » Ne cherchez pas les raisons de son oubli ; elles sont laides et vaines. Ne cherchez pas pourquoi les critiques d'art et les marchands ont pris l'habitude de sauter de Cézanne à Picasso. Cette exposition est le signal, le moment d'une résurgence. Dès lors, on ne pourra plus sauter de Renoir à Bonnard, et à Vuillard, sans s'arrêter à Aman-Jean et continuer avec Brianchon et Legueult. Le fil est renoué.

Excusez-moi d'avoir aimé mon père, admiré son oeuvre et celles de ses amis, notamment Cottet, Simon, Prinet. En redécouvrant Aman-Jean, vous les aimerez à leur tour. Je ne souhaite qu votre assentiment à cette découverte d'une époque sincère et savoureuse qui eut de très grands peintres [...]