Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : la forêt et le bûcheron
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
La Forêt et le Bûcheron,  Livre XII, fable 16   
 

LA FORET ET LE BUCHERON

Un Bûcheron venait de rompre ou d'égarer
Le bois dont il avait emmanché sa cognée.
Cette perte ne put sitôt se réparer
Que la Forêt n'en fût quelque temps épargnée.
             L'Homme enfin la prie humblement
             De lui laisser tout doucement
             Emporter une unique branche,
             Afin de faire un autre manche.
Il irait employer ailleurs son gagne-pain ;
Il laisserait debout maint chêne et maint sapin
Dont chacun respectait la vieillesse et les charmes.
L'innocente Forêt lui fournit d'autres armes.
Elle en eut du regret. Il emmanche son fer.
             Le misérable ne s'en sert
             Qu'à dépouiller sa bienfaitrice
             De ses principaux ornements.
             Elle gémit à tous moments.
             Son propre don fait son supplice.

Voilà le train du Monde et de ses sectateurs : (1):
On s'y sert du bienfait contre les bienfaiteurs.
Je suis las d'en parler ; mais que de doux ombrages
             Soient exposés à ces outrages,
             Qui ne se plaindrait là-dessus !
Hélas ! j'ai beau crier et me rendre incommode :
             L'ingratitude et les abus (2)
             N'en seront pas moins à la mode.

N'oublions pas que L.F. était maître des eaux
et forêts à Château-Thierry. Il connaît la forêt,
l'aime, et prend parti pour elle.
Le sujet de cette fable se trouve à 2 reprises
dans l'anthologie de Névelet (1610) :
- Fable d'Esope dont la morale est :
"La douleur est d'autant plus poignante qu'un
être proche est l'auteur du mal dont on pâtit"
- Fable de l'italien Verdizzoti " La forêt et le
Vilain" qui se termine par : "Ne donnez pas votre
faveur à qui peut vous faire outrage"
(c'est plutôt cette seconde fable qu'a suivie
L.F.)


(1) de ceux qui vivent la vie du monde et suivent
ses enseignements
(2) signifie aussi "tromperie" (dict. Acad. 1694)


Illustration : J.J. Grandville

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