Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fables de Jean de La Fontaine : La laitière et le pot au lait
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Fable de Jean de La Fontaine :
 "La laitière et le pot au lait"  Livre VII, fable 9
 


LA LAITIÈRE ET LE POT AU LAIT

Perrette, sur sa tête ayant un Pot au lait
            Bien posé sur un coussinet,
Prétendait (1) arriver sans encombre à la ville.
Légère et court vêtue elle allait à grands pas ;
Ayant mis ce jour-là pour être plus agile
            Cotillon (2) simple, et souliers plats.
            Notre Laitière ainsi troussée
            Comptait déjà dans sa pensée
Tout le prix de son lait, en employait l’argent,
Achetait un cent d’ œufs, faisait triple couvée ;
La chose allait à bien par son soin diligent.(3)
            Il m’est, disait-elle, facile
D’élever des poulets autour de ma maison : 
            Le Renard sera bien habile,
S’il ne m’en laisse assez pour avoir un cochon.
Le porc à s’engraisser coûtera peu de son ;
Il était quand je l’eus de grosseur raisonnable ;
J’aurai le revendant de l’argent bel et bon ;
Et qui m’empêchera de mettre en notre étable,
Vu le prix dont il (4) est, une vache et son veau,
Que je verrai sauter au milieu du troupeau ?
Perrette là-dessus saute aussi, transportée.
Le lait tombe ; adieu veau, vache, cochon, couvée ;
La Dame de ces biens, quittant d’un oeil marri 
            Sa fortune ainsi répandue,
            Va s’excuser à son mari
            En grand danger d’être battue.
            Le récit en farce (5) en fut fait ;
            On l' appela le Pot au lait.

            Quel esprit ne bat la campagne ?
            Qui ne fait châteaux en Espagne ?
Picrochole, Pyrrhus (6), la Laitière, enfin tous,
            Autant les sages que les fous ?
Chacun songe en veillant, il n’est rien de plus doux :
Une flatteuse erreur emporte alors nos âmes :
            Tout le bien du monde est à nous,
            Tous les honneurs, toutes les femmes.
Quand je suis seul, je fais au plus brave un défi ;
Je m écarte (7), je vais détrôner le Sophi (8) ;
            On m’élit Roi, mon peuple m’aime ;
Les diadèmes vont sur ma tête pleuvant :
Quelque accident fait-il que je rentre en moi-même ;

            Je suis gros Jean (9) comme devant.

 


 

Source : L'origine de la fable semble être la nouvelle XIV de Bonaventure des Périers :  Comparaison des alquemistes à la bonne femme qui portait une potée de lait au marché. La comparaison avec les alchimistes n'a pas été reprise par La Fontaine.

 

 

(1) espérait
(2) petite jupe ou cotte de dessous
(3) méticuleux
(4) le prix que représente le porc
(5) comédie populaire ; cette farce n'a sans doute jamais été écrite... 
(6) ils avaient rêvé de conquérir le monde entier
(7) je m'éloigne
(8) titre donné au roi de Perse (le chah ou shah)
(9) Nom propre que le peuple a mis en usage dans la langue, en le joignant abusivement à plusieurs mots injurieux (Furetière)

10 cartes postales, début XXème

Le texte de la fable est complet lorsque les dix cartes sont réunies. Celles-ci ont été envoyées à la même personne, au rythme d'une par mois, entre 1903 et 1904.
Les 14 derniers vers ne sont pas illustrés.

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