Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : La mort et le malheureux, La Mort et le Bûcheron,
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison

Fables de Jean de La Fontaine
La Mort et le Malheureux
La Mort et le Bûcheron       Livre I, 15 et 16

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Cette fable est le premier exemple des "fables
doubles". Elle est suivie de : "La mort et le bûcheron"
Nous allons voir ici, comment La Fontaine en qualifiant Mécénas de "galant homme" prend parti pour la faiblesse humaine...

          LA MORT ET LE MALHEUREUX (*)

    Un Malheureux appelait tous les jours
              La mort à son secours;
    Ô Mort, lui disait-il, que tu me sembles belle !
Viens vite, viens finir ma fortune cruelle.
La mort crut en venant, l'obliger en effet.
Elle frappe à sa porte, elle entre, elle se montre.
    Que vois-je ! cria-t-il, ôtez-moi cet objet ;
         Qu'il est hideux ! que sa rencontre
         Me cause d'horreur et d'effroi !
N'approche pas, ô Mort ; ô Mort, retire-toi.
         Mécénas (1) fut un galant homme :
Il a dit quelque part : Qu'on me rende impotent,
Cul-de-jatte, goutteux, manchot, pourvu qu'en somme
Je vive, c'est assez, je suis plus que content.
Ne viens jamais, ô Mort ; on t'en dit tout autant.

(*) Source : Des vers de Mécène, conservés par Sénèque
Ils ont été cités par Montaigne (d'apès G.Couton, Fables, Garnier).
Mécène était un chevalier romain, proche d'Auguste,
protecteur des arts et des lettres ; Il s'entoura de Virgile
et d'Horace. Son nom est resté synonyme de protecteur des
arts.
(1) Nom donné par Montaigne pour : Mécène

 

 



la mort et le bûcheron par L. Lhermitte

La Mort et le Bûcheron, peint par Léon Lhermitte, 1893
© musée Jean de La Fontaine

Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

Voici la deuxième fable du diptyque, plus fidèle au modèle
d'Ésope "Le vieillard et la Mort". Les deux fables
se mettent en valeur par le jeu de superposition
au thème principal.

Voici la "transition" faite par La Fontaine lui-même :

Ce sujet a été traité d'une autre façon par Ésope, comme la fable suivante le fera voir. Je composai celle-ci
pour une raison qui me contraignait de rendre la chose ainsi générale. Mais quelqu'un me fit connaître que j'eusse
beaucoup mieux fait de suivre mon original, et que je
laissais passer un des plus beaux traits qui fut dans Ésope.
Cela m'obligea d'y avoir recours. Nous ne saurions aller
plus avant que les Anciens : ils ne nous ont laissé pour
notre part que la gloire de les bien suivre. Je joins toutefois ma fable à celle d'Ésope, non que la mienne le mérite, mais à cause du mot de Mécénas que j'y fais entrer et qui est si beau et si à propos que je n'ai pas cru le devoir omettre. (**)

            LA MORT ET LE BÛCHERON

Un pauvre bûcheron, tout couvert de ramée,
Sous le faix du fagot aussi bien que des ans
Gémissant et courbé, marchait à pas pesants,
Et tâchait de gagner sa chaumine (1) enfumée.
Enfin, n'en pouvant plus d'effort et de douleur,
Il met bas son fagot, il songe à son malheur.
Quel plaisir a-t-il eu depuis qu'il est au monde ?
En est-il un plus pauvre en la machine ronde (2) ?
Point de pain quelquefois, et jamais de repos.
Sa femme, ses enfants, les soldats (3), les impôts,
              Le créancier et la corvée
Lui font d'un malheureux la peinture achevée.
Il appelle la Mort ; elle vient sans tarder,
               Lui demande ce qu'il faut faire.
               C'est, dit-il, afin de m'aider
A recharger ce bois ; tu ne tarderas guère (4).

                  Le trépas vient tout guérir ;
                  Mais ne bougeons d'où nous sommes :
                  Plutôt souffrir que mourir,
                  C'est la devise des hommes.

(**) La deuxième phrase reste assez mystérieuse...
     Le "quelqu'un" serait Boileau

(1) archaïsme figurant dans Rabelais
(2) la terre..bien sûr !
(3) à l'époque, il n'y avait pas de casernes et les soldats logeaient chez l'habitant, gratuitement, cela était redoutable...pour l'habitant.
(4) cela ne te demandera pas longtemps

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