Javascript Menu by Deluxe-Menu.com La Fontaine et la paix des Pyrénées
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison

Un peu d'histoire :
La paix dite des Pyrénées, est un traité signé le 7 novembre 1659, dans l'île des Faisans, sur la Bidassoa, par Mazarin, premier ministre de Louis XIV, et Luis Mendez de Haro, ministre de Philippe IV d'Espagne. La France, victorieuse à la bataille des Dunes, avec les armées dirigées par Turenne(1658), annexe Cerdagne et Roussillon, et reprend l'Artois cédé à Charles Quint en 1529. Le traité met fin aux hostilités entre la France et l'Espagne, en guerredepuis 1635. Il met surtout fin à la prééminence de la maison des Habsbourg, implantée à Vienne et à Madrid, au profit de la France, qui mène, sous Louis XIV, une ambitieuse politique d'expansion.
Le 9 juin 1660, la paix est scellée par le mariage de Louis 14 et Marie-Thérèse, Infante d'Espagne, en l'église Saint-Jean Baptiste, à Saint-Jean de Luz. (Louis XIV logea du 8 mai au 15 juin au second étage de Lohobiaguenea, qui prit le nom de Maison de Louis XIV, à Saint-Jean de Luz.)

Allégorie du mariage de Louis XIV

Allégorie du mariage de Louis XIV

Huile sur toile, oeuvre du peintre Claude Deruet (1588-1660).

Sur ce tableau, nous voyons au premier plan, regardant le spectateur : le roi Louis XIV, sa mère Anne d'Autriche, et Philippe, duc d'Anjou, frère du roi.
A gauche, les 3 Grâces.
On peut établir une relation entre leur présence et le mariage du roi avec Marie-Thérèse (sa cousine).
A gauche, Pallas-Athéna symboliserait la paix de Pyrénées (par laquelle Louis XIV devait épouser Marie-Thérèse). Elle fait placer par les putti des rameaux d'olivier devant ses pieds, dans le trophée militaire.
Au centre, présence de Vénus : bonheur de cette union
A droite, la sage Junon reçoit de Louis XIV sa couronne royale, symbolisant ainsi la prééminence de ses devoirs de roi.
Dans l'arbre chargé de fruits (abondance et paix grâce au mariage),

Jean de La Fontaine évoque l'événement dans la fable Les deux chèvres

Jean de La Fontaine et la paix des Pyrénées

La Fontaine est vraisemblablement introduit par Jacques Jannart, son oncle par alliance, auprès de Nicolas Fouquet. La Fontaine offre à Fouquet, surintendant des finances, son poème Adonis, manuscrit, calligraphié par Nicolas Jarry, rehaussé d'un dessin par François Chauveau, le futur illustrateur des Fables. 
Quelques mois après, en 1659, Fouquet confie à La Fontaine le soin de composer un ouvrage à la gloire de Vaux-le-Vicomte : ainsi naîtra Le Songe de Vaux,  que la chute du surintendant laissera inachevé.  En outre, Jean s'engage à "donner pension poétique" à Fouquet,  payée en madrigaux, ballades, sonnets et autres vers. On ne connait pas le montant de la somme en espèces, versée par le surintendant, que le poète recevait par quartiers.

SUR LA PAIX DES PYRÉNÉES
ET LE MARIAGE DU ROI


SUJET DONNÉ POUR LE TROISIÈME TERME

BALLADE

Dame Bellone (1), ayant plié bagage,
Est en Suède (2) avec Mars son amant :
Laissons-les là ; ce n'est pas grand dommage :
Tout bon Français s'en console aisément.
Je n'en battrai ma femme assurément,
Car que me chaut si le Nord s'entrepille,
Et si Bellone est mal avec la Cour ?
J'aime mieux voir Vénus et sa famille,
Les Jeux, les Ris, les Grâces, et l'Amour.

Le seul espoir restait pour tout potage ;
Nous en vivions, encor bien maigrement ;
Lorsqu'en traités Jules (3) ayant fait rage,
A chassée Mars, ce mauvais garnement.
Avecque nous, si l'almanach ne ment,
Les Castillans n'auront plus de castille(4) ;
Même au printemps on doit de leur séjour
Nous envoyer, avec certaine fille (5),
Les Jeux, les Ris, les Grâces, et l'Amour.

On sait qu'elle est d'un très puissant lignage,
Pleine d'esprit, d'un entretien charmant,
Prudente, accorte, et surtout belle et sage ;
Et l'Empereur y pense aucunement.(6)
Mais ce n'est pas un morceau d'Allemand ;
Car en attraits sa personne fourmille,
Et ce jeune astre, aussi beau que le jour,
A pour sa dot, outre un métail (7) qui brille,
Les Jeux, les Ris, les Grâces, et l'Amour.

...................ENVOI

Prince amoureux de dame si gentille,
Si tu veux faire à la France un bon tour,
Avec l'Infante enlève à la Castille
Les Jeux, les Ris, les Grâces, et l'Amour.

 

POUR LA REINE

EN SUITE DE LA BALLADE PRÉCÉDENTE


Ils sont partis, les Jeux, les Ris, les Grâces,
Nous les verrons au temps que j'ai prédit.
Le dieu d'amour, qui marche sur leurs traces,
De les compter l'autre jour entreprit :
Le pauvre enfant pensa perdre l'esprit
En calculant, tant la somme était haute.
« Bon, ce dit-il, nous allons moissonner ;
Car le climat doit en coeurs foisonner. »
Petit Amour, vous comptez sans votre hôte :
Tout l'Univers n'en saurait tant donner
Que votre reine en mérite sans faute.

 

 

 

Notes sur la Ballade, colonne de gauche :

 

(1) Déesse romaine de la guerre, considérée parfois comme la femme de Mars.

(2) Charles-Gustave, roi de Suède, est en guerre avec le Danemark

(3) Mazarin

(4) querelle

(5) l'infante

(6) se dit aussi à l'affirmative pour dire : en quelque façon

(7) métail pour métal (orth. des éditions anciennes). La dot était de cinq cent mille écus d'or (moyennant quoi l'infante renonçait pour elle et ses descendants à ses droits sur la couronne d'Espagne. Mazarin sait que l'Espagne n'aura jamais les moyens de payer cette dot...

AU ROI ET À L'INFANTE

MADRIGAL, en 1660


Heureux couple d'amants, race de mille rois,
Bien que de voir trembler cent peuples sous vos lois
............Soit une gloire peu commune,
............Vous avouerez pourtant un jour
Qu'on est mieux couronné par les mains de l'Amour
............Que par celles de la Fortune.

Note : le madrigal précédent n'a pas été publié par La Fontaine lui-même ; il a été composé en 1660, mais publié seulement en 1729.

POUR LE ROI
SIZAIN

Dès que l'heure est venue, Amour parle en vainqueur ;
Soit de gré, soit de force, il entre dans un cœur,
Et veut de nos soupirs le tribut ou l'offrande.
Alcandre (1) de ce droit s'est souvent excusé :
Mais par les yeux d'Olympe (2) Amour le lui demande ;
Et jamais à ces yeux on n'a rien refusé.

Notes :
(1) Nom de Parnasse de Louis XIV
(2) Certainement l'Infante
Sans doute écrit au moment des fiançailles du roi en 1660, publié en 1685

MADRIGAL POUR LE ROI

............Que dites-vous du cœur d'Alcandre,
........... Qui n'avait jamais soupiré ?
............S'il s'est un peu tard déclaré,
............Il n'a rien perdu pour attendre.

Notes : Sans doute écrit au moment des fiançailles du roi en 1660, publié en 1811.