MADAME DE SEVIGNE
ET
LE CHOCOLAT
A L'approches des fêtes de Pâques et de la traditionnelle consommation de chocolat, voici quelques témoignages de l'attrait du chocolat au dix-septième siècle :
Au XVIIe siècle, le chocolat était encore réservé à la noblesse et il était consommé en boisson chaude.
D'après l'histoire, c'est Marie-Thérèse d'Autriche, Infante d'Espagne et épouse de Louis XIV, qui le fit connaître et l'introduisit à la Cour de Versailles. La chronique de l'époque raconte en effet que solitaire et mal aimée, l'Infante puisait dans une tasse de chocolat épicé et parfumé à la cannelle toute la nostalgie de son pays natal. C'est ainsi que le chocolat devint un breuvage très en vogue dans les salons mondains.
Madame de Sévigné fut une grande victime de cette mode et les lettres échangées avec sa fille reflètent bien les idées reçues sur les vertus tantôt divines tantôt diaboliques du chocolat.
N'oublions pas que venant d'être récemment introduit en France, on ne savait pas grand-chose à son sujet, et les rumeurs allaient bon train. Il était tour à tour une vraie gourmandise, un médicament ou alors un poison pur et simple. D'autant plus que, contrairement à la reine qui lui vouait une véritable passion, Louis XIV n'avait pas un grand penchant pour le chocolat dont il disait : « c’est un aliment qui trompe la faim mais ne remplit pas l’estomac ! » Le chocolat avait donc aussi de farouches détracteurs se ralliant à l'avis du roi. Cela explique peut-être les déclarations contradictoires de la marquise de Sévigné à propos de ce "breuvage des dieux". Pour preuve, quelques extraits de ses lettres :
- le 11 février 1671 :
Sa fille est enceinte, elle lui écrit :
" Mais vous ne vous portez point bien, vous n'avez point dormi ; le chocolat vous remettra ; mais vous n’avez point de chocolatière, j’y ai pensé mille fois, comment ferez-vous ?"
Et, le 15 avril 1671, elle lui écrit :
"le chocolat n'est plus avec moi comme il était : la mode m'a entraînée, comme elle fait toujours : tous ceux qui m'en disaient du bien, m'en disent du mal ; on le maudit, on l'accuse de tous les maux qu'on a
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il est la source des vapeurs et des palpitations ; il vous flatte pour un temps, et puis vous allume tout d’un coup une fièvre continue, qui vous conduit à la mort ; enfin, mon enfant, le grand maître, qui en vivait, est son ennemi déclaré :vous pouvez penser si je puis être d'un autre sentiment.
Au nom de Dieu, ne vous engagez point à le soutenir ; songez que ce n'est plus la mode du bel air. Tous les grands et moins grands en disent autent de mal qu'ils disent du bien de vous : les compliments sont infinis."
- Puis, à sa fille enceinte :
" Je vous en conjure ma très chère bonne et très belle de ne plus prendre de chocolat, je suis fâchée avec lui personnellement [...] En l'état où vous êtes, il vous serait mortel."
Le 16 septembre 1671 :
Si je n'étais pas brouillée avec le chocolat, j'en prendrais une chopine ; il ferait un bel effet avec cette belle disposition que vous voyez.
- Le 25 octobre 1671, elle insiste :
" Mais le chocolat, qu’en dirons-nous ? N’avez-vous point peur de vous brûler le sang ? Tous ces effets miraculeux ne nous cacheront-ils point quelque embrasement ? Dans l’état où vous êtes, ma chère enfant, rassurez-moi, car je crains ces mêmes effets. J’ai aimé le chocolat, comme vous savez ; il me semble qu’il m’a brûlée, et depuis, j’en ai bien entendu dire du mal ; mais vous dépeignez et vous dites si bien les merveilles qu’il fait en vous, que je ne sais plus qu’en penser."
Puis c'est la panique :
"La marquise de Coëtlogon prit tant de chocolat, étant grosse (comprendre :"enceinte") l'année passée, qu'elle accoucha d'un petit garçon noir comme le diable, qui mourut".
- Et... revirement :
"J'ai voulu me raccommoder avec le chocolat ; j'en pris avant-hier pour digérer mon dîner, afin de bien souper, et j’en pris hier pour me nourrir, afin de jeûner jusqu'au soir : il m'a fait tous les effets que je voulais ; voilà de quoi je le trouve plaisant, c'est qu'il agit selon l'intention" (28 octobre 1671)
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