Javascript Menu by Deluxe-Menu.com fable Jean de La Fontaine : La Ligue des Rats
portrait de Jean de La Fontaine le corbeau de la fable jardin de la maison natale actuellement le perron de l'entrée de la maison
Fable, Jean de La Fontaine, 
La Ligue des Rats,  fable non recueillie, mais publiée du vivant de La Fontaine (1692)
 

La Ligue des rats

               Une Souris craignait un Chat
      Qui dès longtemps la guettait au passage.
Que faire en cet état ? Elle, prudente et sage,
Consulte son Voisin : c'était un maître Rat,
               Dont la rateuse Seigneurie
        S'était logée en bonne Hôtellerie,
        Et qui cent fois s'était vanté, dit-on,
               De ne craindre de chat ou chatte
               Ni coup de dent, ni coup de patte.
        Dame Souris, lui dit ce fanfaron,
               Ma foi, quoi que je fasse,
Seul, je ne puis chasser le Chat qui vous menace ;
        Mais assemblant tous les Rats d'alentour,
        Je lui pourrai jouer d'un mauvais tour.
        La Souris fait une humble révérence ;
               Et le Rat court en diligence
A l'Office, qu'on nomme autrement la dépense,
               Où maints Rats assemblés
Faisaient, aux frais de l'Hôte, une entière bombance.
          Il arrive les sens troublés,
          Et les poumons tout essoufflés.
Qu'avez-vous donc ? lui dit un de ces Rats. Parlez.
En deux mots, répond-il, ce qui fait mon voyage,
C'est qu'il faut promptement secourir la Souris,
                  Car Raminagrobis
       Fait en tous lieux un étrange ravage.
          Ce Chat, le plus diable des Chats,
S'il manque de Souris, voudra manger des Rats.
Chacun dit : Il est vrai. Sus, sus, courons aux armes.
Quelques Rates, dit-on, répandirent des larmes.
N'importe, rien n'arrête un si noble projet ;
          Chacun se met en équipage (1);
Chacun met dans son sac un morceau de fromage (2),
Chacun promet enfin de risquer le paquet (3).
          Ils allaient tous comme à la fête,
          L'esprit content, le coeur joyeux.
          Cependant le Chat, plus fin qu'eux,
          Tenait déjà la Souris par la tête.
          Ils s'avancèrent à grands pas
          Pour secourir leur bonne Amie.
          Mais le Chat, qui n'en démord pas (4),
Gronde et marche au-devant de la troupe ennemie.
..........A ce bruit, nos très prudents Rats,
          Craignant mauvaise destinée,
Font, sans pousser plus loin leur prétendu fracas (5),
          Une retraite fortunée.
          Chaque Rat rentre dans son trou ;
Et si quelqu'un en sort, gare encor le Matou.


 

S'il paraît incontestable que le Chat représente Louis XIV, il n'est pas aussi certain que la Hollande soit ici visée... C'est plutôt vers la Diète de Ratisbonne que cette ligue des rats semble invitée à regarder ; or, en septembre 1681, Louis XIV avec trente mille hommes avait occupé Strasbourg : en Allemagne, l'événement avait soulevé une émotion intense, sans que personne osât résister, par crainte d'une guerre générale. (d'après les notes de J.P. Collinet, éd. La Pléiade)

Cette fable est souvent rattachée à la fable Le soleil et les grenouilles (non reprise par L.F.) en rapport avec la guerre de Hollande. Publiée en 1692, elle peut se rapporter au nouveau conflit entre la France et la Hollande (guerre de la Ligue d'Augsbourg).

(1) -(2) chacun fait ses préparatifs (s'équipe) pour la campagne de ... Hollande

(3) hasarder le paquet : il faut s'engager dans une affaire douteuse après avoir hésité...

(4) sens propre : il tient la souris !

(5) l'expédition violente qu'ils devaient mener (sus, sus, courons aux armes ...)

 

 

 

la ligue des rats, illustration Grandville

Illustration : Grandville

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